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au 15 Mar 10 :
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Jeux de mots
Par Myschka
Originales  -  Angoisse/Suspence
16 chapitres - Rating : T (13ans et plus)
    Chapitre 13     Les chapitres     8 Reviews    
Un destin particulier

Claimer : les personnages et les idées sont à moi.

Rating : K

Note : bonjour. Quelque chose d’un peu différent cette fois-ci, à savoir que la contrainte résidait en une phrase de conclusion imposée…Un peu redondant à mon goût, mais enfin, on fait ce qu’on peut. Bonne lecture.

Un destin particulier

Certains destins sont exceptionnels.

Cela ne tient pas forcément à des actions extraordinaires, de hauts faits qui resteront gravés dans l’inconscient collectif de milliers d’individus. La plupart de ces destins resteront sans doute même ignorés du commun des mortels. Certains destins son exceptionnels, car comme les plus grandes joies et les plus grandes douleurs sont celles qui sont muettes, ils demeureront à jamais inconnus – silencieux comme des secrets enfouis au plus profond d’une mémoire isolée.

C’était ce qu’elle se répétait, inlassablement, depuis tant de temps qu’elle ne se rappelait même plus le jour où elle avait commencé à y penser sérieusement. Une véritable révolte contre tout ce qui était établi, quand on y songeait, mais elle n’avait jamais été de nature rebelle, du plus loin que ses souvenirs remontaient. Ce n’était pas de l’opposition, ce n’était même pas, à bien y réfléchir, un acte volontaire.

Ce n’était pas non plus de la déraison, étrangement – elle était d’une nature posée et rationnelle, sans doute bien plus que ne l’étaient ses frères et sœurs qui pourtant ne comprenaient pas son attitude, et lui reprochaient son comportement excentrique. Elle ne voyait pourtant rien dans son attitude qui pût être qualifié d’original. Fait-on preuve d’irrationalité lorsqu’on répond à un besoin presque primitif, si viscéral qu’il en devient une sorte d’instinct de survie ? Elle était persuadée, au contraire, de faire montre d’un pragmatisme tout naturel.

Le problème résidait, elle le savait, dans les choix qu’elle avait faits, ou plus précisément dans le fait qu’elle eût décidé de faire des choix plutôt que d’accepter ceux qui lui étaient imposés. Elle aurait pu, simplement, se soumettre à sa destinée, sans se poser de questions, et s’accommoder d’un destin qui ne lui convenait qu’à moitié mais ne l’aurait probablement pas rendue malheureuse pour autant. Après tout, ce n’était pas incompatible avec ses propres aspirations, et elle y aurait sans doute gagné un confort matériel substantiel, dont elle ne bénéficierait plus désormais.

Son seul véritable défaut et sa seule véritable erreur, songeait-elle, tenait à son caractère trop entier et réfutant toute sorte de compromis. Un époux qu’elle ne fréquenterait que très peu, un ou deux héritiers qu’elle aurait été obligée de fournir à sa famille avant de les confier à une quelconque nourrice et une armée de précepteurs, une maison qu’elle aurait dû tenir avec l’aide d’une domesticité importante…les contraintes semblaient a priori loin d’être insurmontables, et elle aurait encore eu du temps devant elle pour se consacrer aux choses importantes.

Elle avait rejeté ces options : l’impression de se mentir à elle-même, plus encore qu’aux autres, lui était trop insupportable. Ce n’était même pas de l’égoïsme, pas plus qu’une quête effrénée d’un bonheur soi-disant inaccessible – inaccessible pour qui ? Elle n’avait sans doute pas la même conception du bonheur que la plupart des gens qu’elle connaissait, et c’était tout. C’était simplement une évidence, peu importait si cette certitude d’agir en accord avec sa nature profonde se heurtait trop violemment aux normes établies.

Peut-être était-ce bien une certaine forme d’égoïsme, en fin de compte, mais elle n’en avait cure. Au moins avait-elle le sentiment de vivre en fonction de ses convictions. Sans faire de bruit, sans presque se faire remarquer, elle mourrait sans doute oubliée de tous en ne laissant derrière elle que le souvenir vague et confus d’une marginale qui ne se préoccupait que d’elle-même. Peut-être, avec un peu de chance, laisserait-elle l’image d’une personne honnête, à sa manière. Muette et obstinée dans sa vision de ce qui était juste.

La flamme de la bougie vacillait légèrement, renvoyant une faible lueur mouvante sur le mur opposé. Le son d'une plume grattait le papier de manière monocorde. Oui. Elle vivrait simplement, mais serait heureuse.

 
 
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