manyfics
     
 
Introduction Les news
Les règles Flux RSS
La Faq Concours
Résultats ManyChat
Plume & Crayon BetaLecture
Nous aider Les crédits
 
     

     
 
Par date
 
Par auteurs
 
Par catégories
Animés/Manga Comics
Crossover Dessins-Animés
Films Jeux
Livres Musiques
Originales Pèle-Mèle
Série ~ Concours ~
~Défis~ ~Manyfics~
 
Par genres
Action/Aventure Amitié
Angoisse Bisounours
Conte Drame
Erotique Fantaisie
Fantastique Général
Horreur Humour
Mystère Parodie
Poésie Romance
S-F Surnaturel
Suspense Tragédie
 
Au hasard
 
     

     
 
au 31 Mai 21 :
23295 comptes dont 1309 auteurs
pour 4075 fics écrites
contenant 15226 chapitres
qui ont générés 24443 reviews
 
     

     
 
Chamane
Par haniPyanfar
Harry Potter  -  Romance/Action/Aventure  -  fr
28 chapitres - Complète - Rating : T (13ans et plus) Télécharger en PDF Exporter la fiction
    Chapitre 17     Les chapitres     20 Reviews    
Partager sur : Facebook | Twitter | Reddit | Tumblr | Blogger
Les éléphants du désert

 

Chamane 17 : Les éléphants du désert.

 

Le jour se levait à peine. Mais c'était déjà le branle-bas de combat à la limite de Ghanzi-Sa du côté de la route de l'Ouest. Près de deux cents sorciers et sorcières s'étaient répartis à la lisière de la ville, là où poussaient les grosses touffes d'herbes dures et les premiers bosquets d'arbres. C'était le lieu de passage habituel du troupeau d'éléphants qui, venant d'Afrique du Sud, remontait droit vers l'Okavango sans se soucier de la barrière magique qui protégeait la cité.

 

Les énormes animaux ne s'attardaient pas en général. Ils étaient pressés d'arriver à leurs pâturages, dans les terrains humides et herbus du Nord. Ils arrachaient au passage des touffes d'herbes sèches ou les branches épineuses des jeunes arbres et les mâchaient tout en avançant droit vers leur but. En prévision de leur passage, on remplissait d'eau une dépression peu profonde du sol. Il y avait là un puits qui ne servait qu'en cette occasion car sa réserve était peu importante. Les éléphants s'abreuvaient et repartaient.

 

Cette transhumance avait toujours lieu à la même époque de l'année. Il n'y avait pas de problèmes en général. La présence de nombreux sorciers expérimentés servait surtout à protéger les jardins et les vergers tout proches. Ensemble, ils produisaient une sorte de brume magique qui dissimulait la belle verdure aux yeux des animaux, qui auraient pu être tentés par cette nourriture plus riche que les touffes d'herbes. Il était arrivé dans le passé que le troupeau affamé s'arrête et envahisse les cultures, faisant des dégâts considérables. Le problème cette année, c'était que pour une raison inconnue, le troupeau était en avance. Le bassin d'eau n'avait pas eu le temps de se remplir complètement. Pourvu que le troupeau ne soit pas trop assoiffé !

 

Les sorciers et les sorcières se dissimulaient par groupes de trois ou quatre derrière les premiers arbres. Draco, qui n'avait jamais vu d'éléphant vivant, avait demandé à participer à l'expédition. Il se tenait derrière un gros buisson épineux, à peu près au milieu de la ligne de défense, en compagnie de Maître Félaro et d'une des libres sorcières, qui pour le moment ne pensait pas à la bagatelle. Tout le monde était concentré sur ce qu'il avait à faire. Personne ne savait qu'un peu à l'écart des autres, Harry, recouvert de sa cape d'invisibilité, se trouvait derrière un tronc d'arbre, bien décidé à ne pas rater une occasion pareille.

 

On entendait déjà au loin les barrissements des premiers animaux. Puis dans les rayons du soleil levant, ils apparurent, enfin elles apparurent, car le premier contingent était composé des femelles et de leurs petits. En tête venait la matriarche, suivie de sept éléphantes et de quatre éléphanteaux. Elle marchait vite et derrière elle, les mères poussaient leur petit de leur trompe. Elles se dirigèrent droit vers la mare et s'abreuvèrent longuement, s'aspergeant également d'eau sur leur dos. Harry et Draco purent ainsi les admirer.

 

C'étaient des éléphants des savanes, les plus grands animaux terrestres. Elles devaient mesurer plus de trois mètres de haut au garrot et peser près de trois cents kilos. Leurs oreilles étaient larges et battaient les airs. Leur peau grise et poussiéreuse par endroits ne portait pas de poils sauf au bout de leur courte queue. Et contrairement à d'autres races d'éléphants, elles avaient le dos arrondi, formant une sorte de bosse derrière leurs épaules massives. Il se dégageait d'elles une impression de puissance sauvage qui ne donnait aucune envie de les approcher. D'ailleurs toutes les personnes présentes restaient immobiles et muettes, se contentant de lever leur bâton-sorcier pour créer la brume magique.

 

Puis sur un barrissement puissant de leur guide, les femelles se remirent en route et s'éloignèrent pendant que la troupe des mâles apparaissait au loin. En tête marchait le plus formidable éléphant que les deux sorciers blancs, tout petits en comparaison, puissent imaginer. Il avait plus de quatre mètres de haut et ses pattes massives ressemblaient à des troncs d'arbres. Il avançait vite et martelait le sol de ses pas, le faisant trembler et soulevant des nuages de poussière. Il levait haut sa longue trompe et son cri résonnait comme le grondement du tonnerre, rauque, de fréquence si basse que plusieurs sorciers se couvrirent les oreilles de leurs mains pour protéger leurs tympans.

 

Mais il n'était pas seul. Un deuxième éléphant plus jeune mais presque de la même taille le suivait et il semblait y avoir une compétition entre eux pour arriver au point d'eau en premier. Plus loin suivaient trois autres mâles nettement moins âgés. Un dernier, tout juste adulte, fermait la marche. Soudain, le deuxième éléphant tenta de doubler le premier, lui donnant un coup d'épaule au passage. Le plus vieux réagit avec une force et une vitesse qui laissèrent les spectateurs pantois. Sa trompe fouetta l'air et s’abattit sur le plus jeune, il se tourna vers lui, tête basse, et chargea, défenses en avant. L'autre, prudent, s'arrêta aussitôt puis recula, de même que les autres. Le mâle dominant, fier de sa force, barrit puissamment et se dirigea vers l'eau, tête haute. Les sorciers comprirent alors pourquoi le troupeau avait de l'avance et pourquoi les femelles avançaient si vite, poussant leurs bébés de la trompe, en prenant à peine le temps de boire et de manger. Il y avait rivalité à la tête du troupeau de mâles et cela perturbait le voyage.

 

Pendant que le chef de la troupe, qui venait de réaffirmer son autorité, se désaltérait longuement et s'aspergeait d'eau, les autres attendaient leur tour avec patience sauf celui qui avait défié son rival. Lui semblait furieux. Il grattait le sol d'un de ses énormes pieds et fouettait l'air de ses larges oreilles. Puis soudain, il s'immobilisa et tourna vivement la tête vers la ligne de sorciers qui protégeaient la cité. Avait-il vu, entendu ou senti quelque chose? Toujours est-il qu'il s'ébranla pesamment, se dirigeant droit vers la brume magique. Il s'arrêta à quelques mètres d'un groupe de trois sorciers qui s'étaient accroupis derrière leur bouquet d'arbres épineux en levant haut leur bâton. Puis par trois fois, il fit mine de charger, secouant la tête, pointant ses défenses vers cette chose inconnue qui flottait devant lui et semblait l'exciter.

 

La situation devenait critique car aucun sortilège ne pouvait arrêter ce mastodonte protégé par sa peau épaisse et son crâne massif. Ce fut alors qu'une mince silhouette vêtue de gris se faufila parmi les herbes et les buissons et s'accroupit à la lisière de la brume magique. Harry, Draco et quelques autres reconnurent Boréa avec stupeur. Apparemment sans crainte, elle faisait face à l'éléphant furieux qui heureusement ne pouvait pas la voir. Elle portait à l'épaule un sac de toile qu'elle posa à terre. Quand elle l'ouvrit, il en sortit quelques souris grises qui se mirent à courir dans tous les sens. Et soudain, il n'y eut pas quatre ou cinq souris mais plusieurs centaines qui petit à petit passaient la barrière et se rapprochaient de l'éléphant. En même temps on entendit un couinement aigu qui enfla et devint si fort que que le son perçait presque les oreilles des sorciers proches.

 

L'éléphant s'immobilisa brusquement, la tête encore baissée, la trompe levée en S au dessus de ses défenses d'ivoire. Plus rien ne bougeait sauf la nappe grise formée par les souris qui continuait d'avancer en glissant sur le sol. Le couinement se répétait mais moins fort, jusqu'à ressembler au bruit normal de quelques bestioles en maraude. Puis il y eut un barrissement strident, l'énorme éléphant fit volte face et partit en courant vers la mare que le chef de la troupe venait de quitter. Il entra dans l'eau, piétinant des quatre pattes et frappant la surface de sa trompe dans tous les sens. C'était un spectacle stupéfiant de voir cette bête énorme complètement paniquée par quelques souris grises.

 

Il se calma peu à peu, tourna lentement la tête vers le lieu où ses pires ennemies, si minuscules mais si vives et si agiles, venaient de lui flanquer une trouille bleue. Mais il ne vit rien d'autre qu'un rideau blanc opaque, un genre de nuage posé sur le sol. Il but avidement l'eau devenue boueuse et s'éloigna d'un pas rapide, suivant le mâle de tête et bientôt rejoint par les autres jeunes qui avaient vidé le reste de la mare. On entendit encore pendant un moment le martèlement de leurs pieds lourds puis tout redevint tranquille.

 

Le soleil était déjà haut dans le ciel. Sorciers et sorcières se rassemblèrent autour de ceux qui avaient été directement menacés par l'éléphant en furie. Ceux-ci leur racontèrent l'intervention de la jeune fille en gris et de ses souris magiques. Leur nombre enflait déjà, comme dans toutes les bonnes histoires. Il y en avait eu dix puis cent puis mille … On chercha Boréa pour la féliciter de son intervention et lui demander par quel sortilège elle avait pu multiplier quelques vraies bestioles en une nappe rampante et déterminée, prête à attaquer un éléphant adulte, mais elle n'était nulle part. Sitôt la bête en fuite, elle avait disparu aussi vite qu'elle était venue …

 

Seul Harry, dissimulé sous sa cape magique, l'avait vue cesser son sortilège, rassembler en vitesse ses quelques souris dans son sac et s'éloigner, courbée en deux, vers les jardins. Elle était passée tout près de lui et avait même failli le bousculer. Il quitta son abri et se dirigea vers la cité avant que les autres sorciers ne fassent de même et n'envahissent la route du retour. Mais avant de rentrer, ceux-ci discutaient ferme près de la brume magique qui commençait à s'évaporer. Qui était cette sorcière ? Quel était son pouvoir ? se demandaient-ils.

 

Draco connaissait la réponse à leurs questions mais il ne dit rien. Ce qui s'était passé dans la case des pierres était secret. Le mystère de Boréa occupait son esprit. Comment cette fille, issue d'une famille de Moldus qui la haïssaient, n'ayant eu pour Maître qu'un simple sorcier guérisseur, ne sachant lire que des images et ne parlant que son idiome natal, pouvait-elle être aussi savante ? Et elle n'avait même pas de bâton-sorcier ! Songeant aux idées préconçues qui avaient eu cours pendant la guerre, au culte du Sang Pur qui avait fait tant de ravages et causé tant de malheurs, il se sentait tout à coup délivré d'un grand poids.

 

Oui il y avait cru et ça l'arrangeait bien d'y croire ! Mais c'était fini ce temps-là ! Il en avait encore une fois la preuve sous les yeux. La magie choisissait ses adeptes où elle voulait et les dotait de pouvoirs particuliers selon son bon plaisir. Les enfants de sorciers étaient peut-être prédestinés mais pas tous et le don pouvait se manifester ailleurs. Boréa était unique, exceptionnelle, et elle deviendrait une grande magicienne. Il résolut de l'aider à réaliser son rêve.

 

Il n'était pas seul à avoir en tête cette idée généreuse. Harry bien sûr et aussi Maître Félaro, mis au courant par Ama Saé, cherchaient aussi comment aider cette recrue plus que prometteuse. Mais il ne fallait surtout pas blesser sa fierté. Elle avait montré sa détermination à étudier sans demander l'aide de personne. C'était une fille indépendante et résolue. Elle refuserait une aide sans une compensation de sa part. Hmmm … Palabres, arrangements et trocs en perspective … Mais ce n'était pas pour déplaire à tous ceux qui avaient fait récemment sa connaissance.

 

o – o – o – o

 

Les sorciers et les sorcières qui avaient pris part à la défense de la cité s'étaient réunis dans la cour de la Grande Case. Ils étaient assis par petits groupes et partageaient les vivres qu'ils avaient emportés au cas où le passage du troupeau prendrait la journée entière. Le groupe qui avait été directement menacé par l'éléphant furieux avait fait à Ama Saé le récit de l'intervention de Boréa. Tout le monde s'était félicité du dénouement heureux de la crise et en cette occasion, il y avait eu distribution à chacun d'un petit verre de la « boisson des fêtes ». Puis la foule avait commencé à se disperser. La Gardienne de la cité avait convoqué son conseil dans la salle d'audiences. Il fallait débattre du cas de cette jeune fille.

 

Elle fit appeler Ama Déolida et Maître Siwo qui n'avaient pas participé à l'expédition et à sa grande surprise, elle retint Draco qui s'apprêtait à partir. Elle lui demanda d'aller chercher Harry dans sa chambre particulière toute proche. Ils avaient assisté à l'épreuve des pierres. Ils seraient en quelque sorte les témoins de Boréa. Le jeune homme trouva le Griffondor allongé sur son lit et le traita de paresseux. Harry sourit sans répondre, il ne pouvait pas dire qu'il avait été en douce assister au passage des éléphants du désert et qu'il était assez fatigué par son escapade. Mais à la requête de Ama Saé, il se leva aussitôt et suivit Malfoy dans la grande Case.

 

La Grande Maîtresse occupait son haut siège, toutes les autres personnes restèrent debout devant elle. Ce ne serait donc pas une longue palabre, juste la prise de décisions qui s'imposaient. Tout ce qui serait révélé en cette occasion devait rester secret puisqu'il était question de la vie privée d'une jeune sorcière dont le cas posait problème. Ama Déolida résuma sa vie en quelques phrases et il fut bien sûr question de son étrange pouvoir sur les animaux. Mais c'était plus que ça. D'instinct, Boréa savait quoi faire dans des situations difficiles. Par exemple, comment avait-elle su que des souris feraient peur à un éléphant ? Il était hors de question de laisser en friches un tel don sous prétexte qu'elle n'avait pas les moyens de payer ses leçons.

 

Ama Saé fit la démonstration de sa grande sagesse. Elle avait déjà réfléchi au problème mais elle ne décida rien par elle-même. Elle posa les bonnes questions et les sorciers et sorcières de son conseil se répartirent les tâches. Il fallait d'abord trouver des gens qui parlaient sa langue et l'aideraient à apprendre le tswana' et l'anglais. Harry se proposa pour cette langue, il pensait communiquer avec elle par Légilimencie.

 

Elle devait gagner assez d'argent pour vivre. Elle trouverait certainement du travail auprès des éleveurs de chèvres, de buffles et de volailles. Mais ce n'était pas suffisant. Elle devrait aussi apprendre à connaître et à soigner les animaux magiques. Il fut bien sûr question des chauves-souris et une libre sorcière se chargea de parler à Dame Swazia. A ce propos, Draco leva la main. Il souhaitait que Boréa s'occupe de Uuuiiu pendant son absence. Il devait repartir pour l'Angleterre mais il avait l'intention de revenir prochainement. Il y eut des sourires parmi les assistantes. C'était une bonne nouvelle !

 

En une demi-heure tout fut réglé. Comme quoi il était bon de palabrer mais on pouvait aussi prendre des décisions rapides. Une réunion plénière se tiendrait le lendemain après-midi. Une convocation serait envoyée à Boréa et à Dame Yago, sa logeuse. Harry et Draco ayant déjà fait leurs propositions ne seraient pas obligés d'être présents. Ils soupirèrent intérieurement. Ce serait probablement long et les participants n'utiliseraient sans doute pas la langue anglaise. Ils sortirent ensemble de la Grande Case et Harry, qui avait une idée derrière la tête, invita Draco à faire un détour par sa case.

 

« Je voudrais te montrer quelque chose, dit-il. Ça intéressera peut-être Maître Ndiapo. Mais si tu veux bien, attends quelques minutes derrière ma porte. Je te ferai signe quand ce sera prêt.

 

-D'accord mais fais vite, Potter. Les aventures de la journée m'ont creusé l'estomac. J'ai une faim de loup !

 

-Si tu aimes le riz, je t'invite mais si tu veux quelque chose de plus raffiné et de plus goûteux …

 

Harry, à son habitude, avait parlé sans malice. Il entra dans sa case et referma la porte. Mais dans la tête de Malfoy, le mot « goûteux » avait eu une résonance particulière. Par une association d'idées un peu bizarre, il avait pensé aux lèvres de Potter. Et il aurait aimé poser les siennes dessus. Parce que les lèvres de Potter devaient être « goûteuses ». Elles étaient rouges et bien dessinées, elles souriaient bien, elles étaient attirantes et elles appelaient les baisers. Mais aussi vite que cette idée avait germé dans sa cervelle, Draco l'écarta en fronçant les sourcils. Embrasser Potter ! N'importe quoi ! Comment une idée aussi stupide avait-elle pu lui traverser l'esprit ? Sans compter que ça le ferait sans doute hurler de douleur ! Il secoua la tête avec impatience. Qu'est-ce que le foutu Griffondor mijotait encore ?

 

-Entre ! cria Harry de l'intérieur.

 

Draco poussa la porte, le visage renfrogné … et ne vit rien. Il comprit aussitôt et reprit d'une voix polaire :

 

-Inutile de te cacher sous ta cape ! Quand cesseras-tu tes gamineries ? Je n'ai pas envie de jouer …

 

Mais il s'arrêta, la bouche ouverte de surprise. Potter était devant lui et il portait l'ensemble vert et noir qu'il lui avait prêté pour la fête. Pieds nus sur la natte de palme, Potter souriait et prenait la pose, ses yeux verts brillant de malice derrière ses stupides lunettes, ses cheveux en bataille, ébouriffés par la cape qui maintenant gisait à terre. Et Potter était beau. Svelte, charmeur, presque irrésistible. Tout content de sa surprise. Et ses lèvres entrouvertes, souriantes, appelaient réellement les baisers.

 

Draco resta immobile, la main encore posée sur le bois de la porte. Le silence se prolongea. En face de lui, Potter se tenait un peu de côté, les bras étendus et les mains légèrement relevées, comme un mannequin présentant un vêtement dans une vitrine. Voyant que Malfoy restait sans réaction, il reprit une posture plus normale et dit :

 

-Qu'est-ce que tu as ? On dirait que tu as vu un fantôme ! Entre et ferme la porte, je n'ai pas envie que d'autres personnes me voient !

 

Draco s'était repris. Mais sa surprise – enfin c'était plus que de la surprise, c'était une révélation – le fit un peu bégayer ce qui ne lui arrivait jamais.

 

-Tu … tu peux porter des vêtements ? Depuis quand ?

 

-Depuis hier, Malfoy ! Et c'est toi qui m'as donné l'idée. Je me suis aperçu que je pouvais toucher la soie sans ressentir de brûlures …

 

Il ne précisa pas que cette pensée lui était venue quand il l'avait imaginé, portant des sous-vêtements de luxe.

 

… Uniquement la soie malheureusement, continua-t-il. Mais c'est un gros progrès. Tu vas pouvoir m'envoyer tout ce qu'il me faut. Ou me l'apporter toi-même si tu reviens vite. Je n'en ai parlé à personne. Je voulais d'abord te faire la surprise ! Je me demande même si je vais le révéler tout de suite aux autres. Mais il faudra le dire à Maître Ndiapo. Ça pourrait l'aider pour le remède. Alors, comment me trouves-tu ?

 

« Bandant, pensa Draco, qui sentait une chaleur révélatrice se répandre dans tout son corps. Attirant, désirable ...» Mais bien entendu, il ne dit rien de tel.

 

-Moins folklorique qu'avec ton pagne, Potter. Plus Serpentard que Griffondor, je dois l'admettre. C'est une bonne nouvelle. Je le ferai savoir dès ce soir à Maître Ndiapo par Uuuiiu. Ou mieux, on devrait déjà faire une liste de tout ce tu peux toucher, boire et manger. Je compte partir après-demain matin. Je lui expliquerai tout en détail de vive voix, ce sera plus facile. Je peux revenir après déjeuner sauf si tu as envie de paresser encore un peu.

 

-J'ai une meilleure idée. Pas la peine de faire un aller et retour. Appelle la cuisine de la case hôtel par mon rocher et demande qu'on t'envoie un plateau repas. Tu auras tout ce que tu veux dans la minute qui suivra. On est dans une cité magique ici ! Tout est possible ! Sauf transplaner hélas … Dommage !

 

Potter soupira comiquement … et le temps passa …

 

Quand Draco se retrouva en fin d'après-midi dans sa chambre personnelle, il s'aperçut qu'il gardait de leur entretien un souvenir un peu confus. Ils avaient beaucoup parlé. Potter avait évoqué les pays qu'il avait visités, il avait plein d'anecdotes à raconter et il racontait bien. Lui avait renchéri avec ses voyages à la recherche des diamants et autres pierres précieuses. Ils avaient ri, plaisanté, puis plus sérieusement, ils avaient dressé la fameuse liste à laquelle il faudrait peut-être rajouter les mirabilis. Pas un nuage n'était venu assombrir leur bonne entente.

 

Pourtant Draco avait le sensation que pendant tout le temps passé à manger, frugalement pour le pauvre Harry, à discuter, à s'amuser, à se découvrir finalement beaucoup de points communs, il avait gardé à l'esprit une petite fenêtre ouverte sur « l'effet Potter ». Sur ce qu'il avait ressenti en le découvrant brusquement dans cet habit vert et noir. Sur cette chaleur qui l'avait envahi et qui heureusement s'était dissipée assez vite. Sur l'attirance qu'il avait eu pour les lèvres souriantes et aussi pour le corps mince, flottant un peu dans la tunique cintrée.

 

A plusieurs reprises, il s'était dit que ce serait bon de prendre Potter dans ses bras, pas pour baiser mais pour le câliner, pour l'embrasser dans le cou, pour sentir son parfum … Pour entendre son cœur battre près du sien … Comme l'autre fois … Il chassait cette pensée aussitôt venue mais ça ne le mettait pas en colère. C'était juste … agréable. Comme s'ils étaient hors du temps. Ou qu'ils venaient juste de se connaître et que quelque chose de bon pouvait commencer entre eux.

 

Draco succombait au charme de Potter, de Harry puisqu'ils avaient décidé d'un commun accord de s'appeler par leurs prénoms, à la mode de Ghanzi-Sa. Rien de sexuel bien sûr … enfin pas trop. Pas encore. Pas vraiment. Mais un attachement … qui risquait de devenir plus profond si Draco passait de nouveau un après-midi aussi agréable avec le Griffondor.

 

« Par Salazar le Grand, pensa-t-il soudain avec consternation, je suis en train de tomber amoureux ! Je dois partir le plus vite possible, tant qu'il en est encore temps. Dès mon retour à Londres, je l'oublierai. Ce n'est qu'un effet secondaire des vacances dans les pays exotiques. On perd le sens de la réalité. Tout est toujours plus beau sous le soleil. La grisaille du pays me rappellera à l'ordre et c'est tant mieux ! Amoureux de Potter ! C'est idiot ! Enfin j'aurais pu tomber plus mal … »

 

La nuit passa. Et Draco rêva. Un rêve bref mais intense. Potter venait vers lui. Il portait un costume de soie blanche et brillante. Il s'arrêtait si près que Draco aurait pu poser la main sur son épaule. Et soudain, la tunique s'envolait, le pantalon tombait. Potter était nu. Lui aussi. Ils ne regardaient pas vers leurs bas-ventres, ils se regardaient dans les yeux. Mais quand ils se touchèrent, leurs sexes étaient durs. Ils se tenaient serrés l'un contre l'autre sans rien dire, heureux. Pour qu'ils soient plus proches encore, Draco soulevait une jambe de Harry et l'appuyait contre sa hanche. Puis il cherchait ses lèvres pour aspirer son souffle et son âme. Et c'était la fin. Un déchirement. Potter disparaissait en hurlant de douleur dans la brume magique des éléphants. Draco se réveillait dans un cri et se dressait sur son lit, couvert d'une sueur froide. Un cauchemar ... Il ne se rendormit qu'au petit matin.

 

o – o – o – o

 

Draco avait beaucoup à faire en cette dernière journée. Au moment du petit déjeuner, il avait fait appeler une des carrioles taxi. Il irait plus vite et ne se perdrait pas dans les rues de la cité. Plusieurs libres sorcières lui avaient souri et avaient chuchoté entre elles. Il avait annoncé qu'il reviendrait. Allons, tout n'était pas perdu, l'une d'elles finirait bien par attirer dans ses filets le beau blond qui les avait dédaignées jusqu'ici. Draco ne connaissait pas le conducteur de la voiture mais évidemment, celui-ci le connaissait. Quand il sut qu'il voulait aller au verger des Mirabilis, il siffla entre ses dents.

 

« Pfui ! Vous aussi vous voulez séduire les belles femmes ? Il y en déjà quatre ou cinq qui rôdent dans le coin. Mais vous avez un avantage. Avec vos cheveux …

 

Draco sourit et ne releva pas le ton d'envie du conducteur. Il demanda au jeune homme à qui il devait s'adresser pour acheter des fruits. Aux cueilleurs ? Ou bien la récolte était-elle déjà réservée par quelqu'un ? Y avait-il un Maître des Mirabilis ? Il apprit ainsi que c'était Maître Félaro qui se chargeait de la transaction au nom de la cité. Il répartissait ensuite la récolte entre plusieurs ateliers de transformation.

 

Il y avait la distillerie bien sûr, pour la boisson des fêtes, et le jeune homme eut un air gourmand. Une Ama en faisait des pâtes de fruits, des compotes et des confitures selon de vieilles recettes. Une grande case était réservée au séchage des fruits que des volontaires venaient dénoyauter. La partie dure des noyaux était cassée et moulue. On en mettait une pincée dans le feu pour parfumer et purifier l'air dans la chambre des malades. L'amande était très recherchée. Elle renfermait une substance magique qui guérissait plusieurs maladies graves. C'était l'affaire des Maîtres guérisseurs …

 

Le jeune homme était fier de vanter les mérites des mirabilis et Draco avait dressé l'oreille quand il avait mentionné le pouvoir des amandes. Il lui fallait quelques fruits pour les essais sur Potter et s'il y avait un résultat, il devrait s'en procurer pour Maître Ndiapo. Parvenu à ce point de ses réflexions, le blond sorcier se posa de nouveau la question : pourquoi se donnait-il tant de peine pour Potter … pour Harry ? Eh bien parce que c'était Harry tout simplement. D'accord, il virait Pouffsouffle mais personne ne le saurait jamais. Et puis ce n'était pas sa faute ! C'était la faute de Ghanzi-Sa ! Il sortit de ses pensées et dressa l'oreille.

 

- … mais on peut acheter les fruits tombés à terre, disait le jeune conducteur. Ou les troquer. C'est le prétexte pour approcher des belles femmes. Les garçons leur apporte des cadeaux, des colliers, des foulards. Mais elles s'en fichent. Elles sont fières et riches. Moi je vais les voir juste pour le plaisir des yeux. Je n'ai que mon âne et ma carriole. Qu'est-ce que je pourrais leur offrir ? Et vous, vous avez prévu quelque chose ?

 

-Arrêtez-vous, dit brusquement Draco qui venait d'avoir une idée. Une pure idée de Serpentard.

 

Ils étaient arrivés dans un quartier où de nombreux étalages exposaient des fruits et des légumes. Ce n'étaient pas des bijoux ou des colifichets qu'il fallait offrir aux cueilleuses. Juste un équivalent de ce qu'elles cueillaient. Des fruits. Mais d'une sorte qu'elles ne connaissaient sans doute pas et qui leur ferait envie. Là, au milieu des nombreux produits du pays, artistiquement arrangées dans une corbeille finement ouvragée, il y avait … des pommes. Des grosses pommes rouges et vertes qui provenaient certainement d'un pays d'Europe, peut-être même d'Angleterre. Draco se demandait comment elles étaient arrivées là. C'était ici une denrée aussi rare que des cerises en hiver. Elles étaient hors de prix mais on pouvait marchander.

 

Quand ils repartirent, Draco avait sur ses genoux un joli panier à anse contenant cinq belles pommes. Le conducteur le regardait en coin. Son passager comptait-il séduire les Namibiennes avec ce cadeau tout simple ? Il était bizarre le sorcier blond. Mais il se trompait. Tout se passa comme Draco l'avait prévu. Enfin presque ! Quand ils arrivèrent au verger des Mirabilis, ils virent l'adolescent à l'écart, assis par terre, en train de pleurer. Son bras droit portait une série de griffes profondes qui saignaient. Il n'avait pas encore apprivoisé suffisamment les sauvages petits arbres et avait pris un coup de branche.

 

Draco lui fit signe et lui offrit une pomme en faisant le signe universel de manger. L'un des cueilleurs s'approcha, il posa une question dans sa langue. Les deux visiteurs firent signe qu'il ne comprenaient pas. Il parla alors en tswana', lentement, en cherchant ses mots. Le conducteur traduisit en anglais et ils finirent par se comprendre. La chose rouge et verte était un fruit venant de très loin, du pays du sorcier étranger. Il l'offrait au jeune garçon et s'il trouvait ça bon, le visiteur proposait un troc. Des mirabilis tombés des arbres en échange des quatre autres fruits. Le conducteur faisait de grands gestes et parlait assez fort. Il essayait d'attirer l'attention des cueilleuses qui n'avaient même pas tourné les yeux vers eux.

 

Le jeune garçon goûta la pomme du bout des dents, puis il sourit et donna sans doute une bonne appréciation car le deuxième homme s'approcha. Ce devait être son père ou un parent. Il prit la pomme, la renifla et la rendit au garçon qui croqua dedans avec un visible plaisir. Puis miracle ! Il lança un appel et l'une des cueilleuses se retourna. Elle quitta l'ombre des arbres et s'approcha. Le conducteur en gardait la bouche ouverte et les yeux écarquillés. C'est vrai qu'elle était belle ! De corps comme de visage. Elle s'avançait dans le soleil comme une déesse, droite, fière, souveraine. Draco s'inclina et tendit son panier de pommes. Elle le regarda et sourit. Elle irradiait de beauté. Sa compagne s'approcha à son tour. Pour la première fois depuis la plantation du premier arbre, les cueilleuses se laissaient séduire. Grâce à la pomme tentatrice !

 

La palabre fut longue, surtout à cause de la barrières des langues. Mais la partie était gagnée. Le parent du jeune garçon et l'une des femmes ramassèrent des fruits et en remplirent le panier. Très peu étaient abîmés. La récolte était bonne. Voyant que le bras du garçon saignait toujours, Draco parla du chamane qui guérissait les blessures. Mais le parent secoua la tête. C'était une épreuve dont son « fils », son « apprenti » se souviendrait toujours. C'était normal. Il fallait gagner l'amitié des farouches petits arbres. Enfin si le mal durait trop longtemps …

 

Au moment des salutations de départ, il y eut un incident qui marqua durablement Draco, les conducteur et aussi trois autres hommes plus ou moins dissimulés derrière des arbres ou des buissons. La première cueilleuse qui s'était approchée d'eux tendit la main et toucha légèrement les cheveux du sorcier blond. Elle prononça quelques mots dans sa langue et sourit de nouveau. Celui qui parlait tswana' parut surpris et traduisit par une expression disant à peu près « A l'année prochaine. » Cela ressemblait à une invite. Draco s'inclina de nouveau gracieusement et sourit encore. L'année prochaine, qui pouvait savoir ? Allons, tout s'était merveilleusement bien passé. Il allait pouvoir raconter à Potter … à Harry comment une pomme offerte par un Serpent avait séduit une Eve noire d'une troublante beauté.

 

o – o – o – o 

 
 
Chapitre précédent
 
 
Chapitre suivant
 
 
 
     
     
 
Pseudo :
Mot de Passe :
Se souvenir de moi?
Se connecter >>
S'enregistrer >>